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 La mort de Louis XIV, film tourné au chateau de Hautefort

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M. de Noisy
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MessageSujet: La mort de Louis XIV, film tourné au chateau de Hautefort   Ven 9 Oct 2015 - 20:33

Hautefort : un film sur Louis XIV se tourne au château depuis deux semaines
Par Antoine Balandra, France Bleu Périgord jeudi 8 octobre 2015 à 19:27

https://www.francebleu.fr/infos/culture-loisirs/hautefort-un-film-sur-louis-xiv-se-tourne-au-chateau-depuis-deux-semaines-1444325243

"La mort de Louis XIV" retrace les derniers jours du roi, avec Jean-Pierre Léaud dans le rôle principal. Toutes les images du films sont tournées au sein du château périgourdin.

Le tournage a commencé le 26 septembre et réunit une dizaine d'acteurs sans compter la quinzaine de figurants tous recrutés sur place par le réalisateur espagnol Albert Serra. "Versailles était un peu trop cher" avoue Thierry Lounas, l'un des producteurs du film de la société Capricci, "On avait besoin de temps, et c'est pas facile de réquisitionner Versailles sauf si on s'appelle Sofia Coppola".

600 000 euros de budget** pour trois semaines de tournage, c'est sportif avoue la production, mais 90 % du film se déroule en huis-clos "Le décor principal c'est la chambre du roi puisqu'il s'agit de l'agonie de Louis XIV, il est atteint par la gangrène à la jambe donc très vite il ne peut plus bouger". Un roi à l'article de la mort incarné par Jean-Pierre Léaud, 71 ans, qui joue les 23 derniers jours de la vie du monarque, notamment lorsque celui-ci organise sa succession.



Selon Thierry Bordes, chargé de la commission du film en Dordogne à Ciné Passion, le château de Hautefort correspond parfaitement aux critères, notamment son jardin à la française. Seulement, tous les décors intérieurs sont faux "On a utilisé un espace bétonné du château qui avait subi un incendie dans les années 60 et on a proposé de le transformer en décor de film".

Quelques meubles sont empruntés au monument, sinon tout le reste est entièrement fabriqué sur place avec les artisans locaux. L'équipe a également tourné dans d'autres pièces du château pour illustrer la scène de la salle des ministres, une autre dans les appartements de Mme de Maintenon, l'une des maîtresses du roi, et quelques images en extérieur.



C'est donc un bon coup de pub pour le monument périgourdin qui reste ouvert au public pendant toute la durée du tournage (fin prévue le 10 octobre). Le film devrait sortir dans les salles en avril/mai prochain.

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Vidame du Hayreu-Hersay
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MessageSujet: Re: La mort de Louis XIV, film tourné au chateau de Hautefort   Ven 9 Oct 2015 - 20:42

Joli coup de pub en effet pour ce magnifique château !

Mon père, périgourdin d'origine, n'a jamais oublié le vibrant appel de la baronne de Bastard, née David-Weill, dans "Chefs d'œuvre en péril", après l'incendie desastreux (et d'origine stupide, il faut le dire) du château dont la restauration venait de s'achever...
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Lebrun
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MessageSujet: Re: La mort de Louis XIV, film tourné au chateau de Hautefort   Sam 10 Oct 2015 - 0:06

Je ne sais pas ce que l'équipe a pu emprunter sur place comme meubles pour le tournage, il n'y a pas grand chose de qualité.
Les David-Weill, pourtant peu démunis, l'ont remeublé fort succinctement et de faible niveau.
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Vidame du Hayreu-Hersay
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MessageSujet: Re: La mort de Louis XIV, film tourné au chateau de Hautefort   Sam 10 Oct 2015 - 0:25

Ah mais ils ont vendu un Renoir... ;-)

Ceci dit, pour le film, la "fabrication" de meubles est un peu inquiétante...
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Grande Mademoiselle
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MessageSujet: Re: La mort de Louis XIV, film tourné au chateau de Hautefort   Dim 1 Nov 2015 - 0:40


Tournage d'un film d'Albert Serra (ici à droite) sur les derniers jours de la vie de Louis XIV
avec Jean-Pierre Léaud (ici à gauche) dans le rôle du roi, au château de Hautefort.

Le soleil noir du roi Léaud

LE MONDE | 31.10.2015 à 07h56 | Par Isabelle Regnier (à Hautefort Dordogne)

http://www.lemonde.fr/cinema/article/2015/10/31/le-soleil-noir-du-roi-leaud_4800589_3476.html


Le 13 octobre, au premier étage du château de Hautefort, ancienne forteresse médiévale surplombant les coteaux vert profond de la campagne dordognaise, Jean-Pierre Léaud trônait en robe de chambre dorée, coiffé d’une perruque royale, sur un lit à baldaquin couleur bordeaux. A la demande de l’extravagant Albert Serra, cinéaste catalan et héritier autoproclamé de Salvador Dali, qui revisite, film après film, en les dépouillant jusqu’à l’os, les plus grands mythes de l’Occident (Don Quichotte dans Honor de Cavalleria en 2007, les rois mages dans Le Chant des oiseaux en 2009, Casanova et Dracula dans Histoire de ma mort en 2013), l’icône de la Nouvelle Vague a pris ses quartiers dans une chambre redécorée dans un style « Versailles » pour endosser le rôle du Roi-Soleil à l’agonie.

Dans une ferveur ascétique teintée de folie douce s’affairaient à son chevet, ce jour-là, un écrivain français grimé en curé (Jacques Henric), une collaboratrice d’Albert Serra de la première heure (Montse Triola, la coproductrice espagnole), reconnaissable à la fine moustache que lui avait confectionnée pour l’occasion le perruquier, l’inoubliable Sancho Pança de Honor de Cavalleria, Lluis Serrat, maçon de profession qui avait en charge la finition des décors, et toute une petite troupe dévouée corps et âme au cinéaste…

La chair des acteurs

Moustache impeccablement taillée, costume bleu nuit tendance officier de marine, bagues serties de grosses pierres sur pratiquement chaque doigt, ce dandy provocateur, qui dit être devenu cinéaste « pour échapper à l’ennui », reprend volontiers pour se décrire les trois adjectifs rassemblés par le Daily Telegraph au début de la nécrologie de Kadhafi : « idéaliste, opportuniste, éruptif ». Ce qui ne l’empêche pas de distiller autour de lui, y compris dans l’économie à l’os qui est celle de ce film, un calme et une maîtrise qui forcent le respect. Quand on a réalisé, comme lui, un film de 101 heures sur Goethe, Hitler et Fassbinder (Les Trois Petits Cochons, présenté sous forme d’installation à la Documenta de Kassel en 2012), la contrainte est plus qu’une habitude, c’est un choix.

Albert Serra conçoit ses tournages comme des performances, au sens que l’art contemporain a donné à ce terme. Des expériences de collusion entre « l’artifice absolu » (le mythe de Louis XIV, les ors de Versailles, le maquillage, la fumée blanche, la lumière crépusculaire…) et « l’organique sauvage » (la chair des acteurs, leur personnalité, mais aussi l’idée très concrète de la gangrène, de la mort physique…), dont doit jaillir « la présence pure ». Une prise n’est jamais « refaite », elle est faite différemment, en laissant libre cours à l’improvisation. « Je déteste répéter deux fois une même chose. Je veux vivre le présent. Il se trouve que ça s’accorde bien à l’esprit libre et au caractère, un peu anarchique, de Jean-Pierre. »

Un casting crucial

Pour saisir les moments où l’alchimie opère, trois caméras tournent en permanence – il y en aurait plus si la lumière et les ombres portées n’imposaient pas leurs lois. Ce qui fait dire au producteur et coscénariste du film, Thierry Lounas, fondateur de la société Capricci : « Albert ne tourne pas un scénario, il fabrique une matière. » Laquelle se trouvera désossée, et entièrement transformée au montage (y compris les dialogues qui, chez Serra, ne sont jamais ceux du tournage), clé du processus créatif où l’œuvre prend son autonomie.

Le casting, dans ce processus, est crucial. Serra recrute ses acteurs parmi les gens qu’il aime, ou qu’il rencontre au hasard. Dans les bars de la région de Bordeaux, il a ainsi trouvé « des physiques archaïques », qui pourraient être ceux « d’un film de l’époque de Louis XIV sans costume ». Léaud est l’exception, le seul professionnel avec lequel il ait jamais tourné. Sa « folie », justifie le cinéaste, était nécessaire au film. « Sans elle, le rôle n’aurait pu qu’être ennuyeux. » S’il assume la dimension métaphorique que l’acteur apporte à son film, dans lequel on pourra voir un commentaire sur l’agonie de la liberté créatrice des années 1960 et 1970, elle n’a jamais été déterminante : « J’essaye de créer des images, je ne travaille pas avec des idées. »

Bras de fer

« Je joue beaucoup l’incommunicabilité. Aussi bien avec les acteurs qu’avec les techniciens. Pour moi le tournage, c’est comme une sortie le samedi soir. Je cherche l’hétérogène, des choses qui me sont étrangères… Mes idées, je les connais, ça ne m’intéresse pas de les retrouver sur le plateau. » Pas de combo (ce petit écran qui permet de contrôler l’image pendant qu’elle se tourne). Serra laisse le cadre à ses opérateurs. Son dispositif à trois caméras, dont la contrainte est encore resserrée par les trois grands miroirs qui encadrent le lit du roi, son goût pour les plans fixes interminables, son attrait pour les visages lui permettent de déléguer en confiance. Ce qui l’accapare, c’est le rythme, l’action, le bras de fer qu’il ne relâche jamais avec Jean-Pierre Léaud. Comme un dompteur aux aguets, il séduit son acteur, le provoque, le pousse dans ses retranchements, l’épuise jusqu’à ce qu’il ne puisse plus émettre qu’un râle…

« Maintenant, tu fixes le fond de la caméra, Jean-Pierre, ordonne-t-il, avec son fort accent catalan. C’est la mort qu’il y a au fond de la caméra, tu la regardes en face, Jean-Pierre. » Un masque de poudre blanche sur son visage émacié, l’acteur, 71 ans, fixe la caméra, le regard dur. Une minute passe, deux… « Jean-Pierre, tu regardes au fond de la caméra. C’est ta carrière qui est au fond de la caméra ! » L’expression change, plus introspective, les yeux toujours rivés dans l’objectif. Il y a quelque chose de warholien dans cette manière de faire : « Je crois dans le fait de tourner beaucoup, ne pas penser, suspendre son jugement sur ce qu’on est en train de faire. » Et de fait, plus on observe la petite troupe du cinéaste, plus on a l’impression d’avoir rallié une version arte povera de la Factory, une mythologie underground perpétuellement régénérée par la grâce de ses superstars.

Un plaisir enfantin

Au centre, Jean-Pierre Léaud trône. Entouré de Brigitte Duvivier, pétulante professeure de philosophie à la retraite qui partage sa vie et grand-mère du petit Aksil, 5 ans, venu la veille jouer le Dauphin ; de Bernard Belin, son coach depuis quelques années, qui joue aussi un petit rôle dans le film ; il se comporte, à l’image de son personnage, en monarque absolu. Adoubant les partenaires qu’il juge dignes de ses improvisations (il faut pouvoir répondre à une question comme « les anguilles ont-elles une âme ? »…), dédaignant ceux qu’il juge trop vulgaires (« un cochon celui-là ! »), il fait sa loi avec un plaisir enfantin, n’hésitant pas à décréter, s’il ne la sent plus, que la séquence d’improvisation prévue le lendemain matin ne se justifie plus, et qu’il ne la jouera pas…

Jean-Pierre Léaud n’avait plus joué un premier rôle depuis Le Pornographe de Bertrand Bonello, en 2001. Accepter celui-ci n’allait pas de soi. Dans la première version du projet, une performance imaginée pour le Centre Pompidou où Albert Serra voulait installer son lit dans une cage en verre suspendue dans le vide, il a d’abord refusé. Mais l’idée a évolué. Elle s’est transformée en un projet de court-métrage. Le temps a fait son œuvre et, par l’entremise de Thierry Lounas, la confiance s’est installée entre l’acteur et le cinéaste. Et le court est devenu long.

Tourné en deux semaines

Mais un long tourné en deux semaines. C’est extraordinairement peu. Cependant, pour un acteur fragilisé par les épreuves de la vie, à qui l’on demande d’incarner, en puisant dans son expérience intime, un homme agressé par la douleur – et la puanteur – d’une jambe rongée par la gangrène, poussé à faire son testament politique et son examen de conscience, c’est beaucoup. « Je suis arrivé à ce moment de sa vie où l’on doit se dire “je suis vieux”, assène Jean-Pierre Léaud, entre deux prises. C’est l’aboutissement où m’a conduit ce film. Avec ces trois caméras qui scrutent mon visage en permanence… Avec ces longs silences qui permettent une sorte d’éclosion… C’est usant moralement. On n’en sort pas intact. »

S’il se prête au jeu, c’est qu’il reconnaît en Serra l’esprit des cinéastes de la Nouvelle Vague et de leurs héritiers, qui ont fait éclore son génie. Et que ce film, loin d’en chanter l’hallali en célébrerait au contraire, à ses yeux, la vitalité. Leur relation, selon lui, relève moins du rapport de force que d’une collaboration fructueuse, nourrie d’une culture commune, d’une forte complicité, d’un sentiment de joie partagée. « Albert est très cinéphile, et il a beaucoup d’humour. Cette histoire de mort au fond de la caméra, c’est une blague entre nous – l’idée que le cinéma, c’est la mort au travail. On a beaucoup parlé aussi de cette phrase de Jean-Luc [Godard], qui dit que le cinéma, c’est la vérité 24 images par seconde… Bref, on s’entend très bien. » A la fin du tournage, Jean-Pierre Léaud aurait dit à son agent avoir retrouvé l’énergie qu’il avait sur Les 400 Coups.

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Anne-Charlotte
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MessageSujet: Mort de Louis XIV    Ven 20 Mai 2016 - 13:09

Bonjour

un nouveau film sur la mort de Louis XIV


Artricle de presse
http://l.leparisien.fr/s/iqP3


Cordialement

Anne-Charlotte
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MessageSujet: La mort de Louis quatorze d’Albert Serra   Lun 19 Sep 2016 - 19:56

Majesté soit-elle

Les derniers jours de Louis XIV portés par l’acteur mythique Jean-Pierre Léaud. Quand la loi du corps triomphe même du roi et nous oblige, avec lui, à regarder la perte.

L’homme est enrubanné de tuniques en satin et soie rouges et dorées, brodées d’une multitude de boutons brillants, les doigts mordus par des bagues serties de diamants, la perruque ébouriffée par l’usure du temps. L’homme a la mine fatigué dès le début du film. Il va vers la maladie, nous le comprenons d’emblée, comme la première scène semble si bien le dire : sa majesté assise sur un fauteuil dans son jardin donne un coup de canne et dit « allez » à ses valets d’un air las pour qu’ils le portent vers sa demeure : il n’y sortira plus de tout le film. Commence alors le spectacle d’une lente agonie dans laquelle se déploie le drame unique de vouloir rester roi quand l’homme sous la couronne ne tient même plus debout.


Captif

Le poids d’une couronne qui écrase et que le réalisateur Albert Serra met formidablement en scène dès les premiers tableaux. Allongé sur une banquette, le roi-soleil, la fatigue qui trône sur son visage, s’émerveille de voir ses deux chiens qu’on a trouvés bon de lui mettre sous les yeux. Alors qu’il prend un plaisir fou à jouer avec les bêtes, on les lui ôte presque aussitôt, avec cet argument qui reviendra sans cesse : « laissons sa majesté se reposer ». Nous comprenons que dans ce « reposer » il y a le repos éternel et parfois, quand la bouche d’un valet le marmonne, nous nous demandons s’il ne le souhaite pas secrètement pour son roi.

A l’instar de la scène des chiens, la suite montre parfaitement le piège dont Louis XIV s’est rendu captif. Tout le système qui a servi le monarque semble soudain se retourner contre lui. Il parvient avec peine à manger un œuf allongé sur son lit – notons en passant la formidable symbolique, l’œuf, la naissance, alors qu’il va vers sa mort… – une myriade de courtisans l’applaudissent immédiatement. Certains chuchotent. Le roi croque dans un « biscotin ». Les applaudissements redoublent. L’un de ses plus proches assistants commente pour l’assemblée : « bravo majesté. Nous sommes heureux de vous voir retrouver l’appétit ».

Ce sera de courte durée. Bientôt la maladie l’attaque en pleine nuit. Le roi hurle : « de l’eau ! De l’eau ! ». Entre un valet. Il prend son temps pour aller vers le roi. « Que veut sa majesté ? ». « De l’eau ! Dépêchez-vous ! ». Le valet sort, revient avec un verre. Le roi fou de rage : «Non,  dans un verre en cristal ! ». Le valet ressort. Un autre entre. « Laissez-moi tranquille ! », tonne la voix malade de sa majesté.

L’inquiétude augmente. Le médecin du roi, Fagon, applique d’inutiles pommades. Louis XIV accepte de rester au lit, non sans s’être plusieurs fois entêté à paraître quelque part alors que ses forces ne lui permettaient plus.

« Tout me dégoûte »

Là est peut-être l’un des plus grands coups de génie du film : mettre en avant un mal qui ronge le roi et aura raison de lui justement parce qu’il est le roi. Sa jambe est atteinte par la gangrène. Mais comme il est le monarque, on ne lui coupera pas le membre infecté. Qui pourrait en effet prendre la décision d’amputer son auguste personne ? Alors lentement la jambe pourrie, se noircît et l’état du roi empire, l’entraîne à la mort.


Tout autour de lui, ses serviteurs les plus proches se désolent ou se font peu à peu une raison. Le plus proche valet du roi semble terrifié par ce déclin qu’il a tant de mal à reconnaître comme inévitable. Il interroge le médecin Fagon : « Ne peut-on faire venir les membres de la faculté de médecine de Paris ? ». Le médecin n’y est pas du tout favorable. Sans doute, pour lui, c’est une concurrence malvenue, une sorte d’échec personnel. S’il y a un autre médecin, on lui vole la vedette, on lui enlève comme une raison d’être. Là encore, le roi est piégé. Ceux qui l’entourent, ne semblent le faire que pour son statut de monarque et non pour l’homme qu’il est. Finalement, les médecins de la faculté de Paris viendront. Mais une fois de plus le piège se referme : avec trop d’avis, les docteurs semblent perdus sur la décision à prendre.

Alors une veille interminable autour de son lit de mort commence. Il y a cette scène admirable où Louis XIV refuse d’avaler quoi que ce soit : « tout me dégoûte », dit-il, du fiel dans la voix. Et nous assistons, impassible, à la perte fatale d’une bataille.



Fastes et crépuscule

C’est ce qui apparaît si bien dans le film grâce à l’interprétation excellente de Jean-Pierre Léaud. L’acteur mythique de François Truffaut fait ici un retour admirable et saisissant sur grand écran. Loin du personnage d’Antoine Doinel, il épouse parfaitement les traits d’un monarque sur le déclin. En témoigne notamment cette scène – peut-être la plus forte de tout le film – où il semble que le roi prenne conscience de sa finitude. Une longue scène où l’acteur est face caméra, le regard chargé de cette prise de conscience, la messe funèbre de Mozart en arrière-fond qui renforce le gouffre tragique. A ce titre, notons l’intelligent parti pris du réalisateur Albert Serra dans sa mise en scène : très peu de musique, une place immense accordée aux simples sons, très peu de dialogues, des personnages qui font et défont les choses, avec tout le prosaïsme mêlée à la magnificence. C’est sans doute ce qui frappe le plus dans ce chef d’œuvre : des tableaux où les fastes du roi-soleil deviennent particulièrement sublimes à regarder à l’heure du crépuscule, quand l’or se fait plus mat avec le temps. L’image est parfaitement adéquate et il faut saluer les talents de coloristes du cinéaste. Peut-être est-ce son origine espagnole qui le rend si prompt à dresser de tels tableaux ? L’ensemble est sobre, sombre, avec des teintes pourpres et dorées, la flamme des bougies du palais de Versailles qui dansent au seuil de l’écran et de très nombreux gros plans, parfaitement cadrés, où le spectateur voit les personnages penser, en silence, où il peut lire sur leurs yeux la stupeur, l’effroi ou l’incompréhension d’une mort qui arrive même au plus fort d’entre eux. On pense aux toiles de Jusepe de Ribera, Francisco de Zurbaran, Diego Velazquez, Goya.

« Regarder mourir »


Dans notre contexte, il est possible de voir ce film comme une formidable fable contemporaine. Louis XIV incarne à merveille l’apogée d’une Europe riche, cultivée, avec un art de vivre fastueux poussé à l’extrême. Peut-être, plus que jamais, la perte était inacceptable. Le roi-soleil supportait plus mal que quiconque la défaite. Comme l’a dit le réalisateur Albert Serra, lors d’une avant-première organisée au Centre Pompidou, [à l’origine de son projet] « il y a peut-être le plaisir de voir mourir quelqu’un qui a du pouvoir ». Mais d’insister, avant, sur l’importance de surtout vouloir montrer « le quotidien de la mort », sa banalité. Car comme le note nombre d’observateurs et notamment Walter Benjamin, les Européens ont perdu au fil du vingtième siècle leur capacité à « regarder mourir ». Désormais, le rituel autour de la mort appartient à chacun et la communion est rare, sinon existante. Depuis quelques décennies, le temps du deuil est une expérience profondément individuelle où ne sont plus convoqués que l’intime et le choix personnel. Avec ce film, le spectateur partage une expérience collective autour de l’agonie d’une grande figure, d’un mythe commun. Pendant la projection à laquelle nous avons assisté, il n’était pas rare d’entendre rire son voisin. Des situations deviennent forcément cocasses avec la parure du roi : quand au début du film, par exemple, il se force à faire une courbette avec son chapeau pour plaire à de jeunes dames qui l’implorent de faire ce geste. Nous rions de ce ridicule : continuer à paraître en dépit d’un corps qui ne le permet plus. Dans cette expérience collective, le « regarder mourir » redevient commun. Peut-être plus encore parce que la figure du roi nous touche dans notre propre intimité : depuis l’avènement de la démocratie, ne sommes-nous pas tous parfois de « petits rois » en puissance ? Ne rêvons-nous pas de ce confort ? Ne le sommes-nous pas dans certaines situations ? Du moins, ce mythe du roi-soleil capte sans doute notre fantasme du pouvoir et nous montre combien en avoir n’a évidemment aucune influence sur le cours du temps et le déclin fatal qui survient quand le corps nous quitte.

Dans La Mort de Louis XIV, Albert Serra et Jean-Pierre Léaud portent ce drame sur une note vibrante, belle et grave et nous font penser que le cinéma parvient parfois – comme d’autres arts – à provoquer une heure commune et sensible autour d’un tel sujet.

Jean-Baptiste Gauvin

A voir : « La mort de Louis XIV » d’Albert Serra
Au cinéma le 2 novembre 2016


https://unpointculture.com/2016/09/18/majeste-soit-elle/


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http://www.festival-cannes.com/fr/films/la-mort-de-louis-xiv

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MessageSujet: Re: La mort de Louis XIV, film tourné au chateau de Hautefort   Lun 19 Sep 2016 - 20:24

Merci Grande Mademoiselle de ce rappel. Vu le nombre de témoignages écrits au jour le jour extrêmement précis qu'on a de la longue agonie du roi et du cérémonial qui l'a ponctuée, j'espère que le film sera fidèle à la réalité historique sans sombrer dans le documentaire. L'exercice est difficile, la bande annonce semble prometteuse en tout cas... en attendant impatiemment de connaître le nom des salles de projection...
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Grande Mademoiselle
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MessageSujet: Re: La mort de Louis XIV, film tourné au chateau de Hautefort   Jeu 29 Sep 2016 - 18:09

Information transmise par les Amis de Versailles :

Avant-première de "La Mort de Louis XIV" le 9 octobre à 14h au cinéma Roxane de Versailles.

Sur réservation : http://www.cinema-roxane.fr/film/la-mort-de-louis-xiv-2016/

Dans la limite des places proposées

Adresse : 6 Rue Saint-Simon, 78000 Versailles
Téléphone : 01 30 84 28 60

Tarif normal 10.00 €
Tarif étudiant 7.50 €

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MessageSujet: Re: La mort de Louis XIV, film tourné au chateau de Hautefort   

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