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 Le mythe de Versailles et l’Europe des cours, XVIIIe-XIXe s.

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MessageSujet: Le mythe de Versailles et l’Europe des cours, XVIIIe-XIXe s.   Le mythe de Versailles et l’Europe des cours, XVIIIe-XIXe s. Icon_minitimeJeu 12 Oct 2017 - 9:05

Le mythe de Versailles et l’Europe des cours, XVIIIe-XIXe s. Vue_ve10
Vue perspective de la ville et du château de Versailles depuis la butte Montbauron ; visite du roi du 14 novembre 1685
Martin l'Aîné, Jean-Baptiste (peintre)
© Château de Versailles, Dist. RMN / © Christophe Fouin

Le mythe de Versailles et l’Europe des cours
XVIIIe-XIXe siècles


Château de Versailles, fin 2020
(2,5 jours)


Dans le cadre du programme de recherche « Identités curiales et le mythe de Versailles en Europe : perceptions, adhésions et rejets (XVIIIe-XIXe siècles) », le Centre de recherche du château de Versailles organise un colloque international. Ce colloque, prévu à la fin de l’année 2020, sera d’une durée de deux jours et demi et se tiendra à l’auditorium du château de Versailles.

Argumentaire

Au sortir de l’âge féodal, les cours princières constituent un phénomène européen à contenu politique, social et culturel : monopolisation du pouvoir au profit d’un seul, rassemblement d’un groupe aulique, les courtisans, attachés au service de la personne du prince et de sa famille, habitus de résidence, développement d’une sociabilité et d’un mode de vie spécifiques et discriminants, pratiques de valorisation encomiastique (concernant la composition, l'écriture, ou la prononciation d'éloges) et communication symbolique.

Aux XVe, XVIe et XVIIe siècles, les cours princières en Europe ne se réclament pas d’un paradigme unique. Il y a autant de cours que de maisons princières, que de types « nationaux », même si certaines, comme les cours de Bourgogne au XVe siècle, d’Italie du nord et du centre aux XVe et XVIe siècles, acquièrent une valeur normative et exercent leur influence d’une extrémité à l’autre de l’Europe. La nouveauté est que dans l’Europe des XVIIIe et XIXe siècles, les cours princières se réfèrent à un modèle unique qui prend valeur d’archétype : Versailles.

La cour de Louis XIV est érigée en paradigme absolu, envers lequel se positionnent toutes les autres. Ce paradigme a pris la forme d’un mythe, c’est à dire d’une construction fantasmée, retenant certains éléments, les transformant, les assemblant en un imaginaire mobilisateur. Ce mythe travaille les monarchies européennes jusqu’à leur effondrement au début du XXe siècle, alors même que les configurations politiques changent, que des formes de pouvoir partagé se font jour, les monarchies devant composer avec des assemblées, alors même parfois que les monarchies ne sont plus, comme dans la France républicaine après 1870.

L’objectif du programme de recherche est l’analyse du modus operandi du mythe de Versailles dans l’Europe monarchique des XVIIIe et XIXe siècles.
Trois questions fondamentales doivent être posées : perception, adhésion, rejet. Quelles sont les modalités d’élaboration du mythe ? Ouvrages d’histoire, mémoires, récits de voyages, lettres, romans historiques, images, gravures, album, tableaux, scènes de genre… Quels sont les acteurs de cette élaboration ? Pour quels contenus, qui peuvent fluctuer considérablement ? Quel accueil en résulte-t-il dans l’exercice du pouvoir, dans la pratique résidentielle, l’architecture palatiale, la distribution et l’usage des lieux, dans la pratique quotidienne, l’exhibition ou le retrait, la vie publique, la sociabilité, les mœurs…

Inversement, et l’on peut reprendre point par point ce qui précède, qu’en est-il des modalités de refus, pour quelles raisons, quels modèles concurrents rencontre le paradigme versaillais dans la compétition des puissances dont l’Europe est alors le champ clos ? Il s’agit d’apprécier la part prise par le fantasme de Versailles dans la construction des identités curiales mais aussi dans leur fossilisation : la mythification de Versailles n’aurait-elle pas été le moyen de faire, lors du crépuscule des monarchies, le deuil de l’Ancien régime ?

Axes du colloque

La recherche doit aboutir à un colloque organisé selon trois axes qui sont les aspects majeurs du mythe de Versailles.

   1. La politique spectacle. Une anthropologie du pouvoir

Le mythe de Versailles est d’abord celui d’une pratique du pouvoir : la politique-spectacle, tant il est vrai qu’à Versailles le spectacle est constitutif du politique-même : la prééminence princière, principe premier du pouvoir monarchique, passe à Versailles par la mise en spectacle du corps du prince, son ostentation publique, la ritualisation de son quotidien. Les séquences en sont le lever / le coucher, le repas en public, la messe, la chasse, la promenade, le bal, les divertissements… Le corps du prince est susceptible d’extension, et peut se prolonger jusqu’aux membres de sa famille, plus ou moins élargie selon la proximité du sang. Les acteurs de ce culte sont organisés selon des fonctions très précises, charges et offices, statutaires et codifiés, exercés par des personnels de statut social variable, regroupés au sein d’administrations hiérarchisées, les maisons religieuse, civile et militaire, distingués par une vêture, des livrées, des attributs spécifiques. Les lieux de ce culte sont eux aussi déterminés et divisés en privé et public, à l’intérieur comme à l’extérieur ; parmi eux, la chambre tient une place éminente.

La recherche doit considérer quelle fut l’influence du mode de vie versaillais dans les cours européennes, quels en furent les diffuseurs, ce qui fut adopté, mais aussi réfuté, par un large tour d’Europe, notamment en Europe centrale et orientale, où de nouvelles monarchies virent le jour au XIXe siècle, sans oublier la France avec les cours impériales de Napoléon Ier et Napoléon III, et même celle des présidents de la IIIe République…

   2. Le palais. Espace du pouvoir, pouvoir et espace

Versailles, c’est le lieu du prince, c’est aussi une organisation spatiale du politique. Le nomadisme royal cesse, le pouvoir se fixe. Il a son lieu propre, solitaire, hors de la ville capitale. Il a rompu avec la nation et ses corps. Il a fait rompre les ancrages géographiques des nobles : abandonnant leurs résidences propres, ils sont devenus les satellites du prince. Il groupe autour de lui le personnel de gouvernement, hommes et administrations. Toute autonomie spatiale, gage d’autonomie politique, est supprimée.

Versailles instaure la dualité de la notion de capitale. Ce splendide isolement du prince, du politique, fascine les monarques européens. Mais le paradigme rencontre des résistances. La domestication, au sens politique et spatial, peut être refusée par les aristocrates. L’essor des villes exige la présence du monarque, symbolique avec les statues sur les places royales, effective avec la regia italienne ou la residenz germanique. Les sièges des administrations et des assemblées, les parlements au XIXe siècle, entretiennent avec le palais une dualité spatiale et politique.

Il faut enfin prendre en compte la relation entre la géographie politique du prince et celle, religieuse, des grands centres sacrés.
L’enquête devra s’interroger sur la compatibilité du modèle versaillais avec ces configurations de nature diverse, expression des spécificités d’une Europe multiple.

   3. Une sociabilité. La société de cour

Les moralistes ont un mot pour désigner la cour : ce pays-là, un univers à part, avec ses codes, ses mœurs, son originalité. La civilisation de cour n’est pas née avec Versailles, mais c’est à Versailles qu’elle a acquis ses formulations les plus achevées. On peut en recenser les éléments.

Depuis Norbert Elias, on sait le rôle de l’éducation, du dressage du corps, de la maitrise des affects, de l’intellectualisation des rapports de force. La vie de cour, c’est un habitus individuel et collectif, un style de vie en société, le primat de l’apparence, le brillant de la conversation, l’affectation d’intelligence, de subtilité, mais aussi la dissimulation et la férocité. C’est une sociabilité qui fait à la femme une place prépondérante mais toujours fragile.

Ce vivre-ensemble s’articule autour de pratiques : la conversation y tient une place essentielle, mais aussi la musique, la comédie, la mascarade, le jeu, la promenade, la chasse… La société de cour est régie par le principe du rang, c’est à dire la place assignée à chacun selon sa naissance. Cette rigidité de principe n’empêche pas la mobilité sociale : transgresser ou défendre son rang est le moteur de la société de cour.

Ce modèle a suscité en Europe autant d’émulation que de réserve, voire de réticences. Les philosophies de la nature, l’anglomanie, le rousseauisme, prennent le contre-pied du formalisme louis-quatorzien.

Chef de projet :
Gérard Sabatier, professeur émérite de l’université de Grenoble II, président du Comité scientifique du Centre de recherche du château de Versailles.

Équipe :
Antonio Alvarez-Ossorio, Universidad Autónoma de Madrid,
Maciej Forycki, Uniwersytet Adam Mickiewicz, Poznań,
Mark Hengerer, Ludwig-Maximilians-Universität, Munich,
Jean-Marie Le Gall, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne,
Francine-Dominique Liechtenhan, Centre national de la recherche scientifique,
Philip Mansel, The Society for Court Studies, Londres,
Andrea Merlotti, Centro Studi La Venaria Reale, Turin,
Nicolas Morales, Casa de Velázquez, Madrid,
Thierry Sarmant, Service historique de la Défense du château de Vincennes,
Jonathan Spangler, Manchester Metropolitan University, Manchester.

CRCV.

(A suivre ...)

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MessageSujet: Mythe Versailles Europe Lunéville Caserte Herrenchiemsee   Le mythe de Versailles et l’Europe des cours, XVIIIe-XIXe s. Icon_minitimeJeu 19 Déc 2019 - 12:25

Mise à jour :

Le mythe de Versailles et l’Europe des cours, XVIIIe-XIXe s. Herren10
Vue du château de Herrenchiemsee, vers 1886. Munich, Joseph Albert

Le colloque aura lieu les 17, 18 et 19 juin 2021 à l’auditorium du château de Versailles.

Axes du colloque

1. La production du mythe, du réel à l’imaginaire : création, mutations, contestations (XVIIe-XIXe siècles)

Le mythe de Versailles s’est diffusé dans l’Europe des cours jusqu’à ce que la civilisation curiale disparaisse au début du XXème siècle. Il s’est constitué à travers les récits de toutes sortes laissés par les visiteurs étrangers qui ont établi un rapport personnel avec la cour des Bourbons, que ce fût en contemporains témoins directs du Versailles royal jusqu’en 1789, ou en curieux des vestiges d’un temps disparu, mus par tout une gamme de sentiments, de la nostalgie à la vitupération. Ce mythe se construit sur le mode de l’imaginaire, nourri d’une réalité observée ou fantasmée. Il diffère du discours historique à la posture objective : c’est de la subjectivité du « visiteur » que nait le mythe.

En octobre 2019, le Centre de recherche du château de Versailles a mis à disposition parmi ses ressources en ligne une base de données intitulée « Visiteurs de Versailles » (ICI). L’un des objectifs du colloque sera d’exploiter ce corpus, selon diverses modalités :

   Une approche chronologique :

– Impressions sur le Versailles royal : contemporains du premier Versailles de Louis XIV, évolutions du regard sous Louis XV puis sous Louis XVI et Marie-Antoinette, prenant en compte l’héritage louis-quatorzien mais aussi les changements opérés dans le mode de vie curial et l’aménagement des espaces (travaux dans le parc, retraite au Petit Trianon, création d’un jardin à l’anglaise, etc.).

– Versailles vu après la Révolution : pendant l’Empire, pendant la Restauration et en particulier pendant la Monarchie de Juillet, période charnière marquant le passage de l’imaginaire à l’histoire avec l’édification du musée de l’Histoire de France par Louis-Philippe et la littérature qui l’a accompagnée (Alexandre de Laborde, etc…).

   Une approche sociologique :

Saisir qui sont les acteurs ayant participé à l’élaboration du mythe et en ayant été le vecteur. Pour comprendre leurs attentes et leurs points de vue, la réflexion pourra se décliner autour des différents critères qui forgent l’identité propre des visiteurs : leurs origines géographiques, leur appartenance sociale, leur langue mais aussi leur culture politique, religieuse ou nationale.

   Une approche thématique :

– Éléments de cérémonial le plus souvent observés : le lever/le coucher, les repas en public, la messe, le parcours du roi et de la famille royale entre ces différents moments, mais aussi les fêtes et divertissements…

– Les lieux qui retiennent particulièrement l’attention : les façades du château, la Grande galerie, les Chambres du roi et de la reine, les Grands appartements, la chapelle, l’opéra, le Petit et le Grand Trianon, les jardins et leurs bassins.

– Les éléments plus généraux que les visiteurs associent systématiquement à Versailles : système hydraulique et machine de Marly, pompe et dépenses somptuaires, vanité des rois de France et idolâtrie de leurs sujets, Marie-Antoinette et sa vie champêtre à Trianon ou encore, après 1789, les conséquences de la Révolution (dégradations, pillages, ventes, départ de la famille royale pour Paris).

2. Les applications du mythe, de l’imaginaire au réel : réception et aléas du paradigme de Versailles (XVIIIe-XXe siècles)

Le second axe de recherche proposé a pour but de comprendre l’efficience de cet imaginaire de Versailles. En reliant le mythe, tel qu’il a pu être fabriqué par les visiteurs, aux réalisations auxquelles il a pu donner lieu, il s’agira de comprendre comment un « modèle » travaille et peut (ou non) devenir opératoire. Nous souhaitons ainsi examiner l’impact que Versailles a eu dans l’Europe des cours, en mettant en parallèle la conduite et l’organisation de ces cours avec le ressenti de leurs ressortissants vis-à-vis du paradigme versaillais. En ce sens, devront être cernées ces façons dont Versailles a été vécu, transcrit, valorisé, dénigré, accepté, copié ou réfuté : comment le mythe se réalise-t-il ? A-t-il pu innerver des pratiques et des créations, participer à l’élaboration d’un esprit européen et cosmopolite, tout en étant à la fois admiré et détesté ? Et si tel est le cas, quelles pouvaient en être les motivations : pourquoi s’inspirer de Versailles ou au contraire le rejeter, voire rester indifférent ?

Toutefois, il ne s’agit pas de susciter une étude comparative, point par point, entre un « modèle » et ses éventuelles « imitations » qui proposerait seulement de confronter des données factuelles. Au contraire : plutôt que d’envisager la question sous l’angle de l’influence, nous la considérerons sous l’angle des interactions, afin de saisir l’articulation entre un imaginaire et ses applications concrètes dans l’architecture, l’organisation curiale, les pratiques sociales et artistiques (cérémonial, danse, théâtre, musique). L’objectif est de comprendre les logiques, les motivations et les enjeux sous-jacents qui ont présidé à ces dynamiques d’appropriation : pourquoi dans certains cas s’appuyer sur Versailles plutôt que sur des modèles concurrents, et à l’inverse, pourquoi dans d’autres cas privilégier des tendances antagonistes au paradigme versaillais ? Il faudra également veiller à distinguer cette question de celle d’un « modèle français » plus global : quels sont les éléments que l’on retient de la cour versaillaise spécifiquement ?

Seront particulièrement recherchées les propositions qui examineront les cours européennes au XVIIIème siècle et plus encore au XIXème siècle, à l’heure où Versailles perd justement sa vocation initiale, portant sur les thématiques suivantes :

  * Les modalités et les enjeux des variations sur le thème de Versailles, comme à Lunéville, Caserte ou Herrenchiemsee.

  * L’héritage de Versailles en France, dans les cours impériales et dans le fonctionnement protocolaire de la Troisième République.

  * La place du mythe de Versailles sur l’échiquier européen du long XIXème siècle, en particulier auprès des monarchies récentes : royaume belge (1831), royaume grec (1833), royaume d’Italie unifié (1861), royaume roumain (1881), royaume bulgare (1908), royaume monténégrin (1910), entre autres.
Le XIXème siècle est le véritable siècle des cours, dont la multiplication va de pair avec le mouvement des nationalités. C’est aussi celui de la prégnance de nouveaux « modèles » – prussien et russe, notamment – auxquels Versailles pourra être confronté.

CRCV

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MessageSujet: mythe Versailles colloque juin 2021   Le mythe de Versailles et l’Europe des cours, XVIIIe-XIXe s. Icon_minitimeJeu 10 Sep 2020 - 19:43


Le mythe de Versailles et l’Europe des cours, XVIIIe-XIXe s. Arton116

Report du colloque « Le mythe de Versailles et l’Europe des cours, XVIIe-XXe siècles ».
Il aura lieu à l'Auditorium du château de Versailles, les 17, 18 et 19 juin 2021.


(A suivre ...)

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MessageSujet: Re: Le mythe de Versailles et l’Europe des cours, XVIIIe-XIXe s.   Le mythe de Versailles et l’Europe des cours, XVIIIe-XIXe s. Icon_minitime

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